Apprends à présent cette nouvelle histoire,
qui raconte comment les Nordiques, ses favoris, apprirent
les Runes du Père de Toute Chose. Ecoute la Grimskolderissaga,
l'histoire de Cuthric Grimskold, Cuthric le Rusé.
"Un jour d'été, Herogar, premier
Haut Thane Nordique, quitta son palais de Hrottborg,
et dit à ses fils qu'il allait errer dans les
étendues désolées du Nord pour
apprendre la volonté de Torvalt, le Père
des Nordiques, et le plus grand de tous les Dieux
des Hommes. Les années passèrent, mais
le Thane ne revenait toujours pas. La douzaine de
fils de Herogar commença alors à se
disputer sur qui devrait régner sur les Nordiques.
Cuthric, fatigué des incessantes querelles
du palais de son père, quitta Hrottborg et
voyagea longuement à travers les sauvages Montagnes
du Nord, à la recherche de celui-ci.
Après plusieurs mois, Cuthric arriva dans
une vallée profonde couronnée de denses
forêts de sapins et de pins. Dans les profondeurs
de la vallée, Cuthric trouva une grande pierre,
qui se tenait tel un pilier, scintillant au soleil.
Sur ses faces brillaient des douzaines de runes, rampant
le long de la pierre tels un grand serpent enroulé
sur lui-même. Cuthric regarda les symboles,
et s'interrogea à leur sujet, mais même
s'il ne parvint pas à les lire, il pouvait
en sentir la grande puissance.
Alors une ombre couvrit Cuthric, et une voix tonna
faisant trembler la terre. "Qui es-tu, petit
homme, pour te promener ainsi non invité sur
mes terres?" Cuthric regarda, et vit trois grands
Joten, plus grands que les arbres. Le plus grand d'entre
eux arborait une cicatrice serpentine sur son visage,
et était terrible à contempler, mais
Cuthric ne s'effraya point. "Salut à toi,
Joten», dit-il, s'inclinant profondément,
"Je suis Cuthric, fils d'Herogar. Je ne savais
pas à qui appartenaient ces terres, et me repends
de mon erreur. Mais dites-moi quelles sont
donc ces merveilleuses choses qui scintillent sur
cette pierre? Je voudrais connaître le secret
de leur création."
Le Joten balafré se mit à rire. "Ce
sont des Runes, petit homme. Des mots qui restent,
des mots de pouvoir. Sur cette pierre sont gravés
les secrets de ta vie, de ta mort, et de ta destinée.
Dommage que tu sois trop chétif pour les lire."
Et les Joten assommèrent Cuthric, et l'emportèrent,
inconscient
Cuthric s'éveilla dans la grande antre des
Joten, cachée dans les versants les plus élevés
des montagnes enneigées. Les Joten retinrent
Cuthric à laide dune chaîne
de fer, et en firent leur valet de table, de sorte
que le fils du Haut Thane n'était plus qu'un
vulgaire esclave. Mais Cuthric était rusé,
et supporta sa honte en silence. Il servit les Joten
de tonneaux dhydromel, et écouta le Joten
balafré raconter à ses fils l'histoire
du Père de Toute Chose et de la création
de la Weltwyrdangssaga. Cuthric écouta, et
servit plus de boisson au Joten.
"Il y a longtemps, alors que le monde venait
à peine d'être créé et
que le jour n'était pas encore né, et
après qu'il eut brisé le pouvoir des
puissants Seigneurs des Bêtes, le Père
de Toute Chose donna un nom à toutes les choses
de ce Monde, les Pierres, les Arbres et les Animaux,
pour gagner du pouvoir et ainsi les dominer. Mais
sa sagesse n'était pas complète. Alors
le Père de Toute Chose erra loin dans les étendues
glacées du Nord, et chercha Jordmangundir,
le Serpent, le plus sage de tous les Seigneurs des
Bêtes.
C'est à la base du grand Frêne que le
Père de Toute Chose trouva le Serpent. Le fourbe
serpent se souvenait bien de la piqûre de la
lance du Père de Toute Chose, et se tapit devant
lui. "Enseigne-moi, bête soumise, le dernier
secret de la Création et de la Destruction,"
demanda le Père de Toute Chose. "Tu le
sauras, siffla le Serpent, mais cet apprentissage
te conduira tout près des frontières
de la mort, car toute connaissance a son prix."
Le Père de Toute Chose resta ferme. "Je
n'ai pas peur, Seigneur des Bêtes", dit-il
de sa voix de tonnerre, "Je paierai ce que tu
me demandes." Alors le serpent bondit, et il
mordit la main gauche du Père de Toute Chose.
Le Venin du Serpent s'engouffra dans le corps du
Père de Toute Chose avec rage, telle une fièvre,
et il s'écroula sur le sol, et hurla d'agonie.
Pendant trois jours il délira, plongé
dans la folie, et dans son délire, des signes
de feu brûlèrent devant ses yeux, lignes
déchiquetées rampantes et grouillantes
telles des serpents. Quand sa dernière vision
s'effaça, le Père de Toute Chose était
seul. Puis il regarda et vit que, pendant sa folie,
il avait gravé les signes de feu sur l'écorce
de l'arbre, luisants du rouge du sang de ses doigts.
Il regarda, et lut ces signes, et vit comment le nom
des choses les contrôlait, et comment le façonnage
des runes façonne à son tour le monde.
Et il rit, parce que sa domination sur les choses
de ce monde était complète. Mais il
avait oublié le prix du Serpent.
Le Père de Toute Chose façonna ses
premiers enfants, les Joten, que dautres appellent
les Géants, à partir du solide os des
montagnes. Et il leur enseigna l'art des Runes, et
les mit au travail, car il avait conçu de grands
desseins. Sur la paroi des Falaises du Destin, dans
le lointain Grand Nord, le Père de Toute Chose
et les Joten gravèrent une grande saga avec
les runes, et ils entonnèrent un chant puissant
alors qu'ils travaillaient. La saga qu'ils gravèrent
était la Weltwyrdangssaga, la Destinée
de ce Monde, depuis sa fondation jusqu'à sa
fin ultime. Le Père de Toute Chose avait vu
le destin de chaque homme, bête, et chose de
ce monde au sein d'une grande vision lors de son délire
au pied du grand Frêne, et les mots de la saga
contèrent cette vision, l'avenir du monde.
Les Joten lurent la saga alors qu'ils la gravaient
et chantaient, et lurent eux-aussi le futur, et virent
que leur pouvoir serait un jour brisé par celui
des Hommes, les enfants favoris du Père de
Toute Chose. Les orgueilleux Joten se révoltèrent
contre leur destin, et prirent les armes contre leur
Père. Les Joten attaquèrent le Père
de Toute Chose avec leurs poings et leurs marteaux
de pierre, tonnant leur rage, alors le Père
de Toute Chose appela sur eux le feu et la foudre
du ciel, soumettant ainsi ses enfants rebelles. Toute
la Terre trembla. Conscients de leur défaite,
les Joten décidèrent de s'en prendre
au chef-d'uvre même de leur Père.
Ils frappèrent donc les Falaises du Destin,
et les fragments de la Weltwyrdangssaga furent dispersés
à travers les étendues nordiques.
Alors le Père de Toute Chose se mit à
rire, parce que le savoir des Joten avait été
incomplet. Ils avaient certes appris ce qu'était
la Création, mais n'avaient pas idée
de ce quétait la Destruction. Quand les
Joten s'attaquèrent aux Falaises du Destin,
ils libérèrent le pouvoir contenu dans
les vers que le Père de Toute Chose avait scellé
en eux. Une fois libérée, le pouvoir
de la saga couvrit la terre entière, et la
remodela. Le soleil se leva pour la première
fois, et le cycle des saisons fut entamé. Ainsi
donc, à travers leur dépit, les Joten
accomplirent le dessein de leur Père, et mirent
la Wyrd du monde en marche.»
Tout cela, Cuthric lécouta, puis il
servit au Géant plus dhydromel. Finalement
le héros parla:
"Salut, puissant Joten», dit le héros,
"Je ne savais pas que les Joten étaient
maîtres dans l'art des Runes. J'ai déjà
vu de pareils signes sur les heaumes des Dverkur,
des nains qui font commerce d'objets de métal
travaillé contre de la viande de buf,
à la cours de mon père. Les Nains ne
sont-ils pas les véritables maîtres des
runes?"
Et le vieux Joten fut irrité, et gronda si
fort que la neige tomba du toit de l'antre. "Des
Nains!", cria-t-il, "Sales petits voleurs
acrobates! Ils ne savent rien du plus grand don du
Père de Toute Chose! Je connais les noms et
les signes de toutes les runes, six fois six!"
Cuthric servit au Joten à nouveau plus dhydromel
pour le calmer, et dit: "Vous ne connaissez certainement
pas toutes les runes seul un Nain serait assez
intelligent pour en retenir autant." Le Joten
rugit une seconde fois et frappa de son poing puissant
sur la table, et l'antre trembla. "Ecoute alors,
misérable humain, et saisis les profondeurs
de ton ignorance!" Et le Joten se leva, et nomma
chacune des trente-six runes, puis entonna le chant
de chaque. Cuthric écouta et prit bien soin
de les retenir, bien qu'il ait été assez
rusé pour garder le visage apeuré. Il
s'agenouilla devant le Joten et lui servit encore
plus de boisson. Finalement, Cuthric se remit à
parler.
"Puissant Joten", dit-il, "Pardonne-moi
mon ignorance. Vous les Joten devez utiliser les Nains
pour graver vos runes car vos mains sont certainement
trop grosses et trop maladroites pour accomplir un
travail si minutieux."
La rage du Joten n'eut plus de limite. Il hurla une
troisième et dernière fois, et sa voix
déclencha des avalanches dans toute la vallée.
"Maladroites? Je suis Ymur l'Ancien, Seigneur
des Joten! J'ai gravé les Runes du Pouvoir
sur les Falaises du Destin à une époque
où tes pères n'étaient même
pas encore nés!" Alors le Joten prit sa
corne à boire, et y grava chacune des runes
du Père de Toute Chose à l'aide de son
couteau de table. Et, alors qu'il gravait, le Joten
nomma chaque rune, et entonna dans son souffle un
chant pour chacune d'elle. Et quand il eut fini, il
planta son couteau sur la table et jeta la corne à
Cuthric qui la reçut des deux mains. "Alors,
sont-elles vraiment aussi maladroites, ces mains?
N'est-ce pas là du bon travail?"
Alors Cuthric regarda les runes, et apprit leur forme
le temps d'un battement de cur. Puis le héros
sourit. "C'est du bon travail en effet, Ô
Joten. Peut-être trop." Et, avec une rapidité
toute féline, il arracha le couteau du Joten
et en frappa la corne. Alors la magie de toutes les
runes, six fois six, fut libérée
et dès lors, puisque le même outil fut
utilisé pour créer et détruire
les runes, leur magie fut corrompue, et balaya l'antre
des Joten telle une tempête. Le tonnerre et
le feu frappèrent les murs et firent s'effondrer
le toit. Et alors que les Joten criaient de douleur
et de colère, Cuthric prit la fuite de l'antre
en ruine et s'échappa dans la nuit neigeuse.
Alors Cuthric fuit l'antre des Joten, et la colère
d'Ymur. Et, tandis qu'il courait, il grava la rune
Ur dans la chair de son bras droit, et avec cette
force nouvelle, il brisa les chaînes de fer
qui l'emprisonnaient. L'effondrement de l'antre d'Ymur
tua les deux fils du Joten, et ce dernier, qui parvint
à séchapper des décombres,
concentra toute sa rage sur Cuthric. Le Joten entonna
alors un chant de puissance, et invoqua la colère
de Frykka, la Reine du Froid, sous la forme d'une
effrayante tempête de grêle. La grêle
emplit les vallées et abattit les arbres, mais
Cuthric s'en sortit indemne, protégé
du froid par la rune Beorc.
Des loups ensuite vinrent à l'appel d'Ymur,
et poursuivirent Cuthric du haut des montagnes. Ce
dernier les combattit avec la force et la vigueur
de dix hommes, mais même s'il sortit victorieux
de ce combat, les loups infligèrent tout de
même de graves blessures aux jambes du héros.
Alors qu'Ymur s'approchait, Cuthric utilisa la rune
Nyth, et ses jambes furent guéries. Le héros
échappa alors à l'étreinte d'Ymur,
et courut. Le Joten entonna alors un chant de Folie,
rendant bêtes et oiseaux frénétiques.
Cuthric entendit la chanson mais ne fut pas atteint:
il avait gravé sur une branche de pin la rune
de Man et la détruisit, et la rune le protégea
du chant du Joten. Ymur finalement tissa son dernier
et plus puissant sort, invoquant la foudre du ciel.
Les éclairs du feu céleste frappèrent
les montagnes et incendièrent les arbres, mais
ils ne frappèrent pas Cuthric dans sa
fuite, il avait gravé la rune Eolh, et sa gravure
comme son chant furent parfaits. Ymur se retourna
alors, et rentra à son antre et ses terres
en ruines. Cuthric était parvenu à s'échapper,
avec l'aide des runes.
Enfin, Cuthric revint à la pierre runique
de la vallée, et lut ce qui y était
gravé avec des yeux désormais capables
de lire les puissantes inscriptions. La pierre racontait
qu'Herogar le Haut Thane était tombé
en combat dans cette vallée, et qu'il était
enterré sous cette pierre, face contre terre,
la tête vers le sud, dans une posture de honte
éternelle. Ymur le Joten l'avait tué,
et ses inscriptions sur la pierre rendirent cette
honte éternelle. Cuthric s'enflamma de rage,
puis pleura, puis rit, car il comprit que le Joten
avait dit la vérité: la course de la
vie et du destin de Cuthric était effectivement
gravé sur cette pierre car c'était
son destin vengeur que de porter la mort à
tous les Joten. Cuthric rentra finalement à
Hrottborg, et là il enseigna les secrets de
l'Art des Runes aux Nordiques. Il les unifia ensuite
sous son règne et commença alors la
sanglante guerre contre Ymur et les Joten. Cette vendetta
porterait à la fois gloire et malheur sur la
lignée de Cuthric, et lui gagna le nom de Grimskold,
ce qui signifie «Destin Maudit."
Mais c'est là une autre histoire."
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